Yacouba Isaac ZIDA : « J’ai versé pour l’une des rares fois des larmes, … » en face de Diendiéré

Au moment où le général Gilbert Diendiéré est à la barre devant le tribunal en train de faire des révélations, le Premier ministre de transition burkinabè, Yacouba Isaac ZIDA à travers un extrait de son livre intitulé « Je sais qui je suis » , relate ce qu’il a vécu dans les geôles du RSP durant ce putsch de 2015. Lisez plutôt !

Malgré tout ce qu’il avait fait, j’ai cependant témoigné au Général Diendéré de l’affection en lieu et place de la haine.
En effet, au dernier soir que j’ai passé dans les geôles du RSP durant le sordide coup d’État, l’homme est venu me voir, méconnaissable, il a demandé une chaise et s’est assis en face de moi pendant que la porte de la cellule se refermait sur nous deux. Nous nous sommes observés pendant un temps et nous avons tous les deux commencé à verser des larmes.
Oui, nous avons tous les deux pleuré. J’ai versé pour l’une des rares fois des larmes, par dépit pour cet homme que j’avais beaucoup admiré et auprès de qui j’ai presque tout appris de la carrière militaire. Il a fait de moi l’officier que je suis devenu, aimé par ses hommes, le mieux formé en matière de renseignement de notre pays. J’avais accompli les missions les plus périlleuses à l’intérieur comme à l’extérieur du Burkina.
J’ai laissé couler des larmes en voyant cet homme totalement effondré, dans un état pitoyable, conséquence de son obstination à ne pas faire le bon choix, celui de prendre parti pour notre peuple comme je lui avais suggéré dans la nuit du 30 octobre. Le Général, du haut de sa taille, articulant à peine ses mots, me fit comprendre que Ouagadougou était encerclé par l’armée restée loyale aux autorités de la Transition et que l’attaque contre le camp Naba Koom était imminente. Il pleurait pour se soulager de toute cette pression qui pesait sur lui en ce moment. Ma cellule était en effet le seul endroit au monde où il pouvait se lâcher, regretter sincèrement son aventure sans essuyer le mépris du regard de ses hommes, de sa famille, ou encore des journalistes ou des citoyens tout court, qui ne comprenaient pas l’opportunité de ce coup d’État qualifié par l’opinion nationale et internationale de « coup d’État le plus bête du monde. » Diendéré savait que je ne le jugerais pas, du moins que je n’en avais même pas le temps, puisque je devais reprendre l’initiative afin de préserver ce qui comptait le plus et qui a toujours guidé mon action, à savoir la stabilité de notre nation. Ma préoccupation n’était ni Diendéré ni moi-même, mais le Burkina Faso. Des millions de mes compatriotes s’étaient farouchement opposé à ce coup d’arrêt perpétré contre sa marche radieuse sur le chemin de la démocratie.
Pendant que certains politiciens comme Salif Diallo fuyaient pour se cacher au Niger de l’autre côté de la frontière ou ailleurs dans les quartiers non lotis de Ouagadougou, notre jeunesse elle, a affronté courageusement les balles assassines du RSP, payant un lourd tribut de ce que nous appelions de toutes nos forces : le changement !?
Dans cette atmosphère, j’ai convié le Général Diendéré à prier avec moi et têtes baissées nous avons, sous ma conduite, imploré Dieu de sauver notre nation, de préserver la cohésion de notre armée et de nous donner la force d’être des artisans de paix.
M’adressant au Général je lui ai dit ceci : « vous devez vous investir pleinement pour éviter l’affrontement fratricide entre les différentes composantes de l’armée venues des garnisons de l’intérieure d’une part, et les éléments du RSP d’autre part, même si cela devrait être votre dernier acte positif pour ce pays. »
Il m’a fait signe d’avoir compris ; après quoi j’ai demandé à parler au Chef d’État-major des armées, le Général Zagré Pingrénoma, puis au Chef d’escadron Somda Evrard de la gendarmerie nationale. Aux environs de 4h du matin, j’ai été libéré de ma prison en compagnie de mon aide de camp et nous avons été ramenés sous escorte sise à la résidence du Premier Ministre.

1 Commentaire sur "Yacouba Isaac ZIDA : « J’ai versé pour l’une des rares fois des larmes, … » en face de Diendiéré"

  1. marie christine gaussen | 1 décembre 2018 at 10 h 27 min | Répondre

    Magnifique article! Il est très beau et très émouvant de pouvoir constater l’ humanité, la mansuétude dont a fait preuve Monsieur Isaac Zida. Cela devrait servir d’exemple!

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