Super Galian 2019 : le reportage qui a permis à Hugues Richard Sama de décrocher le meilleur prix

La 22e nuit des Galian s’est tenue ce samedi 11 mai 2019 dans la salle des banquets de Ouaga 2000. Cette année, Hugues Richard Sama de l’observateur Paalga, s’est hissé au sommet des 168 candidats. Il a reçu une villa d’une valeur de plus de 20 millions de FCFA, un billet d’avion, une moto et la somme de 3 millions de en plus des gadgets. Lisez plutôt le reportage qui lui a permis de décrocher ce prix !

OUVERTURE ÉCHANGEUR DU NORD : « POUR ALLER À LARLÉ ON MONTE OU ON DESCEND ? »

Dix ans après l’ouverture à la circulation de l’échangeur de Ouaga 2000, qui avait fait l’objet d’un reportage dans nos colonnes (Ndlr : «Premier échangeur du Burkina : On passe par où même ?» diffusé en juillet 2008), les trèfles en béton continuent de dérouter les habitants de la capitale. Au lendemain de la mise en service du dernier joyau du genre au Nord de la ville, de nombreux usagers n’y ont pas retrouvé leur chemin. Reportage.

Des voies qui montent, qui descendent, qui s’entremêlent, qui tournent, qui se divisent. L’échangeur du Nord, le plus grand de la capitale, est une merveille qui fascine autant qu’elle donne le tournis. Accoudé à sa motocyclette, Salam Ouédraogo, la soixantaine, rencontré sur une ancienne voie de déviation, ne se sent pas encore prêt à aller affronter le «nid de serpents» 24h après son ouverture à la circulation. «Je vais attendre deux jours», a-t-il dit, prudent. Contrairement à ce commerçant, la grande majorité des habitants de Tampouy et leurs visiteurs piaffaient d’impatience de découvrir cette infrastructure tentaculaire dont l’achèvement marque la fin d’un calvaire de trois ans. Depuis le 15 novembre 2018, les interminables bouchons, les nuages de poussière et les désagréments de toutes sortes, qui étaient devenus le lot quotidien, sont désormais relégués au rang de mauvais souvenirs.

Vendredi 16 novembre. Il est 8h au rond-point de la Jeunesse. Sur l’esplanade qui a servi la veille de cadre à la cérémonie d’inauguration de l’ouvrage, lequel a coûté la rondelette somme de 70 milliards de francs CFA, des ouvriers démontent les estrades qui ont abrité du beau linge. Autour du terre-plein circulaire, fourmillent, comme à l’accoutumée, des automobilistes et des motocyclistes. En face, le commencement de l’échangeur du Nord. Certains s’engagent pour leur baptême de feu sur cette toile d’araignée tissée en béton armé. Et pour les bleus, déjà une première équation : la chaussée se divise en deux voies dont l’une décrit une pente curviligne. « Par où passer ? » Deux agents de police et deux Volontaires adjoints de sécurité (VADS) sont sollicités. «Je vais à Tanghin», «Je vais à Baskuy», «Si on veut aller à la gare de Tampouy, on prend quelle route?». A chaque minute, un usager freine ou s’arrête pour demander son chemin. Parfois, après s’être déjà perdu. Aboubacar Koussoubé, l’un des VADS, a le membre supérieur droit constamment levé. L’index pointé ou décrivant un mouvement circulaire, il guide les usagers. « Passez par là » «Allez tout droit», ne cesse-t-il d’indiquer aux bleus. Lui maîtrise les moindres coins et recoins de ce labyrinthe routier, «trois échangeurs en un», comme s’en vantent ses constructeurs. A l’image des autres agents placés à diverses intersections pour aiguillonner les usagers déboussolés, il a bénéficié d’une formation et d’une visite complète du monstre de béton et de ferraille. Il n’empêche que tout le monde peut être mis à contribution. Hamidou Sawadogo, s’arrête à notre hauteur sur sa moto Sanili. Sur le porte-bagages, des sacs de riz vides. Visiblement pris de court par le gigantisme de ce qu’il voyait, il préfère se renseigner auprès du premier venu. «S’il vous plaît, pour aller à Larlé, on monte ou on descend où ?», nous demande-il avec un excès de politesse dans la voix. Nous lui indiquons le chemin à prendre. Il ne semble pas convaincu, fixe deux secondes la montée comme pour mesurer le défi que représente l’arpenter pour sa vieille bécane avant de s’élancer péniblement et disparaître derrière «la colline». Jean-Luc Bangré, un jardinier, qui a perdu le nord à un carrefour, apprécie quand même la fluidité de la circulation : «Avant, on faisait pitié. Pour venir à ou quitter Tampouy, c’était la galère. Maintenant tout est devenu facile. Il n’y a rien à dire ! Et la nuit c’est comme si on était en France».

La sensibilisation d’abord

Un coup de sifflet retentit. Un élève, sac au dos, roule en contresens. Quelques instants plus tard, un automobiliste s’engage sur la voie réservée aux motos. Il est contraint par les flics à se mettre sur la bonne chaussée. «Comme c’est large j’ai crû que les voitures pouvaient passer», explique l’homme au volant. Pour l’heure les forces de l’ordre sont à l’étape de la sensibilisation, aucune contravention n’est collée au contrevenant. Autres usagers bénéficiant de la mansuétude des policiers en ces tout débuts, les conducteurs de tricycles qui, malgré l’interdiction qui leur est faite d’amorcer les crêtes, tentent de se hisser à vive allure sur l’infrastructure. Chaque fois ils sont stoppés par les «poulets» qui se contentent de les rediriger simplement vers les chemins autorisés. En partance pour Tanghin pour charger du matériel, Drissa Ouédraogo s’est fait rappeler à l’ordre. Malgré le panneau circulaire à fond blanc bordé de rouge, symbole d’interdiction, il fonçait à tombeau ouvert. «Je n’ai jamais suivi de cours de permis de conduire et je ne suis pas allé à l’école, je ne pouvais pas savoir», explique-t-il. Ce qui le préoccupe, pour l’instant, c’est comment arriver à destination. «Quand je vais arriver devant, je vais me renseigner», montre-t-il de la main avant de mettre les gaz.

Le problème, résume un des agents en faction : la plupart des usagers ne maîtrisent pas le Code de la route. De fait même si certains itinéraires peuvent paraître alambiqués, les nombreux panneaux d’indication, même si certains usagers jugent la signalisation incomplète, offrent un excellent fil d’Ariane pour sortir du labyrinthe. Mais il faut d’abord y prêter attention. Même les personnes en principe au-dessus de tout soupçon se font prendre au piège.

Déboussolés

9h30. Du pied de l’échangeur, nous nous sommes hissé sur l’une des bretelles. De là-haut, on a une vue à 360 degrés de l’ouvrage qui flatte l’ego des habitants des quartiers qu’il dessert. On mesure tout le charme et la grandeur de ce bijou d’urbanisme dont l’édification a nécessité 36 mois de travail d’orfèvre, excepté les derniers travaux de finition prévus pour s’achever au mois de décembre. Au loin sur le barrage de Baskuy, un homme debout sur une pirogue jette un filet à l’eau. Sur la berge, des maraîchers, qui ont échappé au déguerpissement, s’occupent de leurs oignons. Nous sommes sur une intersection. Ici la route venant de Kongoussi se scinde en deux, l’une en direction du marché de Baskuy et de la place de la Nation et l’autre va vers les quartiers Nonsin et Gounghin. Un choix cornélien pour les usagers distraits qui sont désorientés lorsqu’ils se retrouvent subitement devant une alternative. «C’est le calvaire total, les gens sont perdus», nous annonce d’emblée le VADS en poste, Jean Sawadogo, le physique imposant. De tous ses collègues, il semble le plus occupé. Systématiquement, les usagers se fient aux indications du jeune homme avant d’opter pour l’une ou l’autre des voies. Diplomates, militaires, fonctionnaires de l’Etat, El Hadj, citoyen lambda, sur une moto ou dans un véhicule cossu, la plupart préfèrent demander de l’aide pour ne pas aller du mauvais côté. Ce qui ne manque pas de créer des attroupements autour de l’homme en tenue violette et gilet orange. «Suivez celui-là», dit-il parfois quand il vient à indiquer du geste une direction. Aux sourires qu’ils affichent, on comprend que certains s’amusent à ne pouvoir retrouver par eux-mêmes leur chemin, comme des gamins égarés. «Il n’y a pas de honte à demander», nous lance Maïmouna Tapsoba qui venait de se faire indiquer la route menant à Nonsin. Une sagesse que ne partagent pas les usagers faisant plus confiance à leur instinct qui les conduit parfois dans le décor. Sur sa moto scooter, Mariam Ouédraogo pensait rejoindre ses étals au marché de 10-yaars, sûre d’elle, mais la voici sur une mauvaise route. Un homme visiblement égaré, à en croire sa mine de confite et les coups d’œil qu’il jette de part et d’autre du pont, est gêné aux entournures par notre appareil photo. «Je ne suis pas perdu hein. N’allez pas écrire ça dans votre journal». Il circulait pourtant dans le mauvais sens.

Il n’est pas rare de voir des usagers revenir sur leur pas après avoir compris à mi-chemin qu’ils faisaient fausse route. Or on ne retourne pas sur ses pas sur l’échangeur comme on le ferait dans n’importe quelle rue de Ouaga. En principe, «quand on se trompe de chemin, il faut faire 7 km pour revenir sur la bonne route», nous apprend Jean. Les usagers perdus évitent pour le moment ce détour et s’en retournent en sens inverse. Ajouté aux tergiversations et à l’excès de vitesse, tout est réuni pour des accrochages. Deux motocyclistes manquent de se percuter. Malgré les excuses du fautif, les insultes volent : «Espèce de chien !». Plusieurs VADS nous confient avoir failli déjà se faire renverser par les fous du volant et du guidon qui oublient toute limitation de vitesse lorsqu’ils dévalent ou abordent les pentes. Beaucoup d’élèves, dès la sortie des cours, transforment l’échangeur en circuit de formule 1 et s’adonnent à des acrobaties. Dans un communiqué diffusé samedi sur sa page Facebook, la mairie de Ouagadougou promettait une opération de police pour mettre fin à ces pratiques. L’oukase municipal n’a d’ailleurs pas tardé à entrer en vigueur : 9 jeunes ont été interpellés et 8 motos saisies dans la soirée.

Paradisiaque

Dans cet entrelacement de voies où même une poule n’est pas sûre de retrouver ses poussins, certains préfèrent s’exercer. Des élèves d’une école coranique, à pied, s’entraînent à retrouver leur chemin quitte à enjamber les blocs de béton qui séparent les passages. Sara Kologo, une étudiante en communication, a quitté le quartier 1200 logements pour visiter la 4e merveille de Ouaga et acquérir les automatismes. Après avoir arpenté quelques bretelles, elle ne se retrouve plus, obligée de demander son chemin pour rentrer. Mais elle en a eu pour son carburant : «C’est beau, la vue est magnifique, il y a l’eau, la verdure», apprécie-t-elle, conquise.

Au-delà de son utilité qui n’est plus à démontrer dans le désengorgement du trafic dans cette partie de la capitale, l’échangeur du Nord est à la fois une œuvre d’art qu’on visite pour sa beauté et un parc dont on vient profiter des attractions. Dès son ouverture, nombreux sont ceux qui se sont approprié l’ouvrage pour d’autres usages, insoupçonnés. A midi, des écoliers dans leur tenue transforment les passerelles piétonnes en toboggans. Ils y montent et redescendent jusqu’à épuisement. Sur la voie menant à Tanghin ont été érigés deux ouvrages d’art, faits de pierres de granit et de fleurs. Le gazon dessine sur la pierre des lettres : «Echangeur du Nord». Les deux jardins sont pris d’assaut par les passants, les lycéens et les «jeunes branchés», qui y multiplient les selfies et les photos en tout genre qui vont permettre de faire sensation sur les réseaux sociaux.

Comme on pouvait l’imaginer, vu les précédents, l’échangeur servira, à n’en pas douter, de décor pour des productions culturelles. En fin d’après-midi, nous sommes tombés d’ailleurs sur le tournage d’un clip. Apparemment le tout premier. Sous le regard des passants, Abdoulaye Diallo, alias Sababou, effectue des pas de reggae face à la caméra sur le rythme de la musique diffusée par le gros casque qui couvre ses oreilles. «Nous avons voulu devancer les autres», confie le réalisateur du clip vidéo, qui devrait s’intituler, «On s’enjaille».

Une fois la nuit tombée et lorsque les lampadaires qui parsèment l’ouvrage s’éclairent, l’échangeur se pare de mille feux. Les séances photos se poursuivent tout en haut avec, en arrière-plan, le spectacle de lumières. On vient contempler le lieu en famille, entre amis ou en amoureux pendant que les joggers arpentent les voies piétonnes. C’est à croire que l’échangeur du Nord est déjà à Ouaga ce que la tour Eiffel est par exemple à Paris, un symbole de la ville où il faut impérativement s’afficher.

Après la traversée du désert

«Les travaux de l’échangeur du Nord ont une incidence directe ou indirecte sur environ 800 000 personnes», nous indiquait en août 2016, Mahaman Ouédraogo, chef du bureau de contrôle sur le chantier. Parmi les affectés, de nombreux commerçants qui accueillent l’ouverture à la circulation comme la fin d’une longue descente aux enfers.

«On ne parle plus du passé»

Ali Kaboré est le propriétaire des alimentations Hamdiya Market. Il y a deux ans, il ne possédait qu’une seule supérette qui était située en face de l’immeuble Kafando de Tampouy, en plein cœur des travaux. Nous l’avions rencontré à l’époque dans le cadre d’un reportage sur l’impact du chantier. Il nous expliquait tout son désarroi : «Avant, je pouvais vendre pour 1 million de F CFA par jour, mais actuellement je vends autour de 100 000 F CFA. Il y a un mois, j’ai dû jeter 1 800 000 de marchandises périmées. Si ça continue, je risque de fermer». Deux ans plus tard, celui qui ne cachait pas sa rage de n’avoir pas été indemnisé tient un tout autre discours «On ne fait pas d’omelettes sans casser des œufs. Le passé, c’est le passé, on n’en parle plus». Il faut dire qu’il a transformé son malheur en opportunité. Effectivement, il a dû fermer son magasin qui aujourd’hui est en ruine, pour aller s’installer ailleurs. Là, ses affaires ont redécollé, lui permettant d’ouvrir d’autres alimentations. «Il faut savoir s’adapter. J’ai évolué avec l’échangeur», dit cet homme qui a commencé sa carrière comme technicien de surface. C’est avec fierté qu’il a accueilli l’achèvement de l’ouvrage. Il y a même amené sa famille faire le tour. Pour n’avoir pas été prévoyants, certains de ses camarades, déclare-t-il, sont aujourd’hui en faillite.

Au bord de la banqueroute

Ousmane Ouédraogo, le patron d’un atelier d’aluminium en face de la base vie du projet, était à deux doigts de déposer le bilan. «Toutes les voies qui mènent à mon atelier étaient barrées et on devait en plus composer avec la poussière », relate-t-il. Lors de sa traversée du désert qui a duré deux ans, il a eu maille à partir avec les impôts « les agents sont venus, on a discuté près de 5h. Je leur ai expliqué que ça n’allait pas et que je n’avais plus de marché. Ils ont compris et ils m’ont laissé tranquille ». Ce 15 novembre 2018 marque la fin du goulot d’étranglement qui asphyxiait sa société. Son souhait est de rattraper le temps perdu. Pour avoir été un témoin privilégié des activités, il se dit admiratif du travail abattu par l’entreprise qui, en plus, a respecté le délai. «Si c’était une entreprise burkinabè, ça n’allait pas être simple», soutient le chef d’atelier.

«J’ai dû jeter 200 000 francs CFA de fruits aux porcs»

«Avant, on pouvait même étaler une natte et dormir sur la route parce que personne ne passait», se remémore Zénabo Sawadogo, une vendeuse de fruits rencontrée non loin du rond-point de la jeunesse. Elle confie avoir «beaucoup souffert», du fait de l’exécution des travaux de l’échangeur. «J’ai dû jeter 200 000 francs CFA de fruits aux porcs. J’ai failli abandonner mon commerce et aller au Ghana». Mais deux jours après la fin du chemin de croix, elle constate déjà une amélioration de son chiffre d’affaires, ses pastèques notamment s’arrachent comme de petits pains. Son projet d’exil économique n’est plus à l’ordre du jour.

H.R.S.

Premier accident

A peine ouvert, l’échangeur du Nord fait déjà ses premières victimes. Vendredi vers 17 h, un accident s’est produit en face de l’agence SONAPOST de Tampouy. A notre arrivée sur place, deux femmes étaient étalées inanimées au sol. Leur moto s’est encastrée littéralement sous le châssis d’un véhicule. Une chaussure y est restée. L’ambulance ne tarde pas à arriver après s’être frayée difficilement un passage au milieu des badauds. L’une des dames souffre d’une fracture ouverte de la jambe gauche, avons-nous pu constater. Après lui avoir placé un garrot, les pompiers évacuent la blessée. Sa camarade elle s’en est tirée avec un visage sanguinolent et des boursoufflures grosses comme des balles de golf. En attendant que les policiers qui étaient déjà sur place pour les constats d’usage livrent leur verdict sur les causes du carambolage, et c’est l’occasion d’appeler à la prudence sur l’échangeur et surtout au respect du Code de la route, en particulier la limitation de vitesse.

Hugues Richard Sama

Observateur Paalga

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