« On a failli me tuer à cause de mon militantisme », Abdoulaye Batoé

L’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014 au pays des hommes intègres a été vue comme le refus d’un peuple vis-à-vis d’un système politique déviant. Un refus qui ne s’est pas seulement limité au renversement d’un pouvoir vieux de plus de 27 ans, mais aussi et surtout l’explosion d’une chasse aux sorcières des gouvernants et leurs alliés dans toutes les sphères de la société. C’est ainsi que des hommes d’affaires ont vu incendier et piller leurs commerces, des élus locaux chassés de leur quartier, des familles entières obligées de s’exiler.

Mais les effets de ce soulèvement n’ont pas affecté que les dirigeants au sommet de l’Etat. Des jeunes militants engagés de l’ex parti au pouvoir le Congrès pour la Démocratie et pour le Progrès (CDP) ont également payé un lourd tribu.

C’est pour mieux cerner les difficultés que vivent ces jeunes que nous avons approché l’un d’eux qui a accepté de se confier par téléphone. Il s’agit du jeune Abdoulaye Batoé, âgé d’une trentaine d’années, passionné de sport précisément la boxe. Il raconte qu’à la suite de la crise postélectorale qu’a connue la Côte D’ivoire en 2010, il a dû fuir ce pays en compagnie de toute sa famille pour rentrer définitivement au Burkina Faso, son pays d’origine. En effet leur domicile, dans ce pays voisin avait été incendié à cause de sa nationalité et de son militantisme au sein de la section ivoirienne du parti au pouvoir au Burkina, lequel était accusé par les ivoiriens d’être la base arrière de la rébellion en Côte-d’Ivoire.

« La chasse aux sorcières venait de commencé »

Passionné de politique nous dira-t-il, il a continué de militer aux côtés du CDP, l’ex parti au pouvoir. Très vite son engagement sera démontré dans le quartier où il résidait au point qu’il sera promu à la tête de l’instance dirigeante des jeunes du parti de son secteur.

Le jeune Abdoulaye avait laissé entendre que pour lui « la modification de l’article 37, article qui limitait le nombre de mandat présidentiel à deux (02), était légale puisque prévue par notre constitution et seul le référendum devrait départager le peuple sur la question du oui ou non de sa modification ».

Après la chute du régime de Blaise COMPAORE et de la vague de violences qui s’en est suivie à l’encontre des anciens dignitaires, Abdoulaye Batoé, venait de comprendre qu’il était également en danger au regard de ses positions engagées en faveur de la modification de l’article 37 de la constitution. Victime de plusieurs menaces de mort, le jeune BATOE entreprend alors d’organiser son camouflage. C’est alors qu’en complicité avec sa famille, elle laisse courir la rumeur suivant laquelle leur fils avait quitté le pays. Une ruse qui avait pour conséquence que BATOE ne sorte plus de la maison familiale, et ce, au moins jusqu’à ce que la situation se calme.

Deux mois plus tard son père décéda soit le 05 Janvier 2015. Il ne pouvait plus se cacher. Il était donc obligé de sortir pour chercher du travail afin de subvenir aux besoins de sa famille.

« Je voyais que les gens continuaient de me regarder bizarrement et certaines mêmes me menaçaient quelque fois » dixit le jeune Abdoulaye.

A force de recherches, surmontant sa peur quotidienne, il finit par trouver du travail dans le salon de coiffure du fils d’un ami de son défunt père. La coiffure, il l’avait apprise lorsqu’il était en Côte-d’Ivoire, il comptait en faire un métier, en attendant de pouvoir réaliser son rêve de devenir boxeur. « Ce nouveau métier était une bénédiction pour moi et j’avais décidé de le mener loin de mon ancienne vie de jeune leader politique », avait-il laissé entendre.

Alors que nous crûmes terminer l’histoire du jeune Abdoulaye Batoé, peu s’en fallu pour que nous comprîmes les profondes souffrances qu’il a dû encore traverser. En effet, c’est avec la voix tremblotante à peine remise d’une effroyable scène de violence qu’il nous apprend qu’il a frôlé la mort.

« Je me suis retrouvé le lendemain à l’hôpital »

« Quand j’ai commencé à travailler dans le salon, j’ai rencontré un jeune du nom d’Henry qui y venait régulièrement. Nous sommes devenus amis, et c’est alors qu’un jour je lui ai expliqué ma situation. Issue d’une famille bourgeoise il a décidé de m’aider à réaliser mon rêve de devenir boxeur et pour commencer il m’a acheté une moto. Vous savez combien une moto c’est important ici au Faso, sans ça tu peux rien faire.

Mais il y avait quelque chose que j’ignorais et que j’ai découvert. Henry était homosexuel. Vous savez sans doute comment l’homosexualité est perçue au Burkina. Etre homosexuel au Burkina Faso, c’est être un cadavre ambulant. Toutefois, Henry n’avait aucun sentiment pour moi. D’ailleurs moi je ne trouve aucun problème avec le fait qu’henry soit homosexuel, car pour moi chacun est libre de choisir son orientation sexuelle. Un soir, je me souviens c’était le 30 Mars 2015, Henry et moi revenions du restaurant aux environs de 23 heures. A quelques mètres de mon domicile nous aperçûmes un groupe d’environ 10 jeunes. Arrivés à notre hauteur, ils ont commencé à me menacer. L’un d’entre eux lança : on t’a manqué après la chute de ton mentor Blaise COMPAORE et tu reviens, c’est pédé (Homosexuel) que tu es devenu ? Vous allez nous entendre. On n’a même pas eu le temps de les supplier de nous laisser qu’ils ont commencé à nous battre avec leurs gourdins. Tellement les coups étaient forts, je me suis évanoui et c’est le lendemain que je me suis réveillé à l’hôpital. Henry, quant à lui, après deux jours d’hospitalisation, a été évacué au Maroc pour les soins. Moi je suis resté hospitalisé durant deux semaines avant de regagner mon domicile. Jusqu’à aujourd’hui, j’ai toujours peur de sortir de mon domicile car j’ai très peur. Je reçois toujours des menaces malgré mon état. Des menaces, dont les motivations, qui à n’en point douter, restent encore liées à mon passé de jeune leader politique, car homosexuel, ils savent que je n’en suis pas un. Ils ne peuvent donc pas prétexter cela pour me lancer toutes ces intimidations. Je prie à tout moment et j’ai foi qu’avec le temps ma vie et celle de ma famille s’améliorera », a déclaré Abdoulaye BATOE.

Joachim Batao

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