L’affaire autour de la forêt de Kua à Bobo Dioulasso : une lettre adressée au président du Faso

 

Monsieur le Président,

Vous êtes le Père de la Nation, celui à qui on a confié la lourde tâche de représenter notre peuple, mais également d’être un arbitre politique. C’est pourquoi je voudrais adresser cette lettre ouverte à vous, convaincu que vous saurez rétablir l’ordre et la paix dans une affaire qui est des plus regrettables.

Vous n’ignorez certainement pas qu’un projet de construction d’un hôpital près de Bobo Dioulasso suscite des vives émotions. La raison est qu’on projette de bâtir cette institution en rasant la forêt de Kua, un bois préexistant l’indépendance du pays. Pour les investisseurs chinois, le site est idéal et donc on a décidé de déclasser la forêt pour permettre ces travaux.

Cette décision est un suicide politique. La forêt de Kua jouit d’un fort prestige et est reconnue comme d’intérêt national. C’est la raison même pourquoi le Ministère de l’Environnement a contesté son déclassement dans une première phase. Raser cette forêt pour gagner du temps dans la construction de l’hôpital nous ferait perdre un trésor national et affaiblirait la richesse et sécurité écologique du territoire. Également, nous risquons non seulement d’attirer le courroux des populations locales, mais l’opprobre de partenaires internationaux qui verront cette destruction d’un mauvais œil. Le coût politique et diplomatique risque d’être notable.

Préserver la forêt de Kua aura qu’un faible coût. Il est estimé que les travaux seront retardés de 10 à 12 mois si on doit choisir un autre site. C’est regrettable, mais que sont dix mois si on peut éviter de perdre un trésor écologique majeur et permettre la construction d’un hôpital moderne ? Ceux qui prétendent que le projet de l’hôpital serait compromis si on change de site, ne font qu’agiter la peur et le mensonge. En revanche, détruire la forêt pour gagner quelques mois va fortement diminuer le prestige du gouvernement, la diversité écologique locale et l’attrait touristique de la région.

Le Burkina Faso a besoin de miser sur une diversification de son économie. Le tourisme est une composante essentielle et ne nous leurrons pas, nous n’allons pas attirer les touristes avec nos monuments historiques. C’est la richesse écologique de notre pays qui est notre principale attraction ainsi que la générosité et le sens de l’hospitalité de notre peuple. La forêt de Kua est donc d’un intérêt économique majeur. La détruire serait comparable aux Français rasant Le Louvre car ils veuillent élargir une avenue.

Je suis persuadé que vous saurez intervenir afin de mettre un terme à cette folie. Il faut sécuriser la forêt de Kua et déplacer le chantier vers un site ne compromettant pas la diversité et richesse écologique du pays. A la fin, tout le monde sera gagnant. Les populations locales profiteront des atouts de la forêt et de l’hôpital en même temps.

Veuillez agréer mes salutations les plus distinguées,

Adama Congo

Ancien Président des Jeunes Socialistes du Burkina Faso

 

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