Frère Malkhom : « La France est un gros pays pauvre, ce n’est pas un pays riche »

 

Dans la matinée du mercredi 18 décembre 2019, l’artiste rappeur Frère Malkhom a reçu une équipe du quotidien en ligne « Faso-Actu.net » dans son studio “Madiba Record“ situé à Tampouy, un quartier de la ville de Ouagadougou. Artiste engagé de son état, il nous parle de son nouveau single sorti le 11 décembre, jour de la commémoration de l’indépendance du Burkina Faso.

« Occupation », est le titre du nouveau single de l’artiste Frère Malkhom. Tout en abordant des sujets d’actualité, le Rappeur à travers cette chanson, interpelle toute la jeunesse à une prise de conscience. C’est un titre dont l’artiste lui-même, est producteur, arrangeur et chante en featuring avec Empereur Zyacs qui est un artiste de reggae dancehall.

Faso-Actu (FA) : Quel est le message que vous voulez faire passer à travers « occupation » ?

Frère Malkhom (FM) : « Occupation » comme son nom l’indique, est une chanson contre les armées étrangères en Afrique, précisément au Burkina Faso. C’est une chanson qui crie à l’indépendance, qui demande aux africains de se réveiller, de prendre conscience. C’est dommage de constater qu’aujourd’hui, quand tu dis à bas l’armée française, il y a des gens qui crient en disant : “mais on va vivre comment ?“ . On a l’impression que ce sont les Français qui font vivre les Africains, pourtant ce sont les Africains qui font vivre les Français.

FA : Quel est le problème avec la politique française ?

FM : La France a une mainmise sur l’Afrique. Et tout ce qui est « richesse » en Afrique, la France considère que ça lui appartient. Pendant qu’il y a des gens qui habitent sur cette terre et n’en profitent pas, la France débarque avec des armées qui occupent le terrain et pillent les sous-sols. C’est elle qui décide de comment on utilise notre argent, et c’est compliqué. Il faut qu’on quitte dans ça.

FA : Que pensez-vous du FCFA ?

FM : Le cas du FCFA, comme l’a dit quelqu’un, est un crime contre l’humanité. C’est fabriquer l’argent de quelqu’un, le garder chez soi et le lui donner de temps en temps pour qu’il ne meure pas de faim, mais aussi pour qu’il ne quitte jamais de la misère. Tout pays qui aspire à grandir, a besoin d’être indépendant monétairement. Quand on regarde les pays africains qui arrivent à s’en sortir, on constate qu’ils ont leur propre monnaie.

Pas très longtemps, j’ai vu une agence française de développement qui a donné 39 milliards au Burkina Faso. Il faut qu’on sorte de là parce que ce ne sont pas des « Euro » qu’ils nous donnent. Ils ont leurs magasins qui tapent les billets et c’est rien pour eux. Pendant ce temps, des gens marchent pour dire qu’ils ont faim. Qu’ils aident leurs propres frères qui sont dans la misère (s’adresse-t-il aux Français). Il ressort aujourd’hui qu’à Paris, l’on n’a jamais vu de sans-abris, et les gens sont de plus en plus pauvres en France. Et c’est cette France qui vient nous aider. Si la France veut donner de l’argent pour nous soutenir, que cet argent soit en Euro. Il faut qu’on ouvre les yeux à un moment donné.

FA : Quelle est votre analyse sur la convocation des 5 chefs d’État africains par Emmanuel Macron ?

FM : Il n’y a rien de nouveau. Ces présidents ont toujours suivi ce que la France leur dit. Donc, ils n’ont qu’à faire comme d’habitude. Aujourd’hui, je parle parce que j’ai une dignité, et il y a des choses qu’on ne me fait pas. Donc, je parle pour moi. Les présidents qui se sentent à l’aise quand un gamin les invite, qu’ils assument.

FA : Quel message adressez-vous au Peuple Africain de la zone FCFA ?

FM : Mon message est qu’on sorte de cette histoire de FCFA, pour commencer. Qu’on s’éloigne de plus en plus de la France parce que c’est elle, le plus gros ennemi de l’Afrique. Aujourd’hui, on parle de terrorisme mais on sait que ça n’existe pas. C’est la France qui invente qui, elle veut comme terroriste. Quand tu signes bien les papiers, la France est fière de toi, et tu n’es pas attaqué. Par contre si elle ne l’est pas, tu es attaqué.

On n’attaque pas la Côte d’Ivoire parce que Alassane Ouattara dit : “vive le FCFA, vive la France“ et c’est pareil pour le Togo. Ces pays seront toujours tranquilles tant qu’ils tiennent ce même discours. Par contre aujourd’hui, le Bénin dit qu’il faut quitter le FCFA, et j’ai vu une annonce de la France qui dit à ses ressortissants de faire attention parce qu’il y a des risques d’enlèvement. Ça veut dire qu’ils (les Français) veulent commencer à salir le Bénin. Roch dit qu’il faut quitter le FCFA, et le Burkina est attaqué. Blaise a fait 27 ans, il n’a jamais dit de quitter le FCFA et on n’a jamais attaqué le Burkina durant tout ce temps. Tant que tu vas être contre cette monnaie qui permet à la France de vivre, tu seras toujours une menace. La France est un gros pays pauvre, ce n’est pas un pays riche. On est en interview chez moi, mais allez-y en France pour voir dans quel état, ils vivent. Mais quand ils (les Français) viennent ici, tout le monde court derrière eux. Ce n’est pas la faute des Africains parce que les Français ont tué, assassiné, torturé nos grands-parents donc quand on grandit avec ça, on a peur d’eux. Beaucoup d’Africains ne savent pas qu’ils (les Français) sont fragiles et il faut travailler à décoloniser les mentalités.

Paul Kagamé a démontré que c’est possible, le Rwanda est devenu un pays anglophone. La France a fait trop de mal au Rwanda. Quand on regarde le génocide rwandais, c’est la France qui était derrière. Partout où la France a mis les pieds, il n’y a que du sang, la mort. Et c’est elle qui a semé le chaos en Lybie, un pays où les gens vivaient le mieux sur terre.

FA : Pourquoi choisir la date du 11 décembre pour la sortie du single ?

FM : J’ai fait sortir le single à l’occasion de la fête de l’indépendance, et le morceau dit qu’on n’est pas indépendant, donc il est bien tombé. La date du 11 n’est pas un fait du hasard.

FA : Parlez-nous un peu de votre prochain album.

FM : Le 3ème album est déjà fini. J’avais prévu le sortir le 10 décembre mais j’ai été interrompu à plusieurs reprises par la situation nationale. Je n’arrive pas à me concentrer quand j’entends qu’il y a des morts par ci, par là. A chaque fois que ça arrive, j’arrête de chanter. La date arrivait et je n’avais pas la force de continuer. Souvent j’arrivais au studio pour écouter les morceaux, mais ça ne me disait rien parce que je n’étais pas content. Ce qui a fait que j’ai mis un stand-by et j’ai sorti un single de l’album, le 11 décembre 2019. Mais au plus tard  en janvier, l’album va sortir.

Merci encore à Faso-Actu.net !

 

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