Assistance et protection sur les armes chimiques : Le Burkina Faso veut un Centre de compétence

Le Burkina Faso sollicite l’appui de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) en vue de créer un Centre de compétence pour l’assistance et la protection sur les armes chimiques. La demande a été faite, le 23 novembre 2018, par l’ambassadeur-représentant-permanent de notre pays auprès de l’OIAC, S.E. Mme Jacqueline Marie Zaba/Nikiéma à l’occasion de la 4è Conférence d’examen de la mise en œuvre de la Convention sur l’interdiction des armes chimiques (CIAC) tenue du 21 au 30 novembre 2018 en marge de la 23è Conférence des Etats parties de l’Organisation qui a eu lieu les 19 et 20 novembre dernier à La Haye aux Pays-Bas.

Cette 4è Conférence d’examen a été l’occasion pour notre pays de faire le point de la situation des armes chimiques conformément à ses engagements internationaux. La Conférence d’examen est, en effet, chargée d’évaluer le fonctionnement de la Convention sur l’interdiction de la mise au point, de la fabrication, du stockage et de l’emploi des armes chimiques et sur leur destruction et de fixer le cap pour le futur.

S’exprimant devant les délégations des 193 Etats parties à la Convention sur l’interdiction des armes chimiques (CIAC), la chef de la délégation du Burkina Faso, l’ambassadeur-représentant-permanent de notre pays auprès de l’OIAC, S.E. Mme Jacqueline Marie Zaba/Nikiéma a affirmé que le  gouvernement de son pays a adopté des mesures législatives essentielles pour la mise en œuvre de la Convention depuis le 08 juillet 1997, date d’adhésion du pays à la Convention.

«Nous poursuivons nos efforts pour renforcer aussi bien le cadre réglementaire et les mécanismes internes pour une fonctionnalité pleine de l’Autorité nationale» chargée de veiller à la pleine application de la CIAC, a assuré Mme Zaba

«En matière de contrôle de la circulation des produits chimiques, outre l’instauration d’une autorisation préalable d’importation, notre Autorité nationale travaille dans une collaboration naissante et fructueuse avec l’Autorité nationale de Côte d’Ivoire surtout dans le cadre du contrôle des produits chimiques qui transite par ce pays frère en direction de notre pays. En outre, le Burkina Faso continue de prendre des initiatives pour un suivi et une application effective des termes de la Convention sur les armes chimiques notamment dans la mise en œuvre de l’article X de la convention relatif à l’assistance et à la protection», a détaillé la cheffe de la délégation burkinabè.

Selon l’ambassadeur-représentant permanent du Burkina Faso auprès de l’OIAC avec résidence à Bruxelles, le Burkina Faso s’attèle à rédiger, avec le soutien du secrétariat technique de l’OIAC un plan d’assistance et de protection par l’établissement de la cartographie des risques chimiques que présente le pays «surtout dans le contexte des attaques terroristes notamment par des dispositifs explosifs improvisés».

L’année 2019 verra d’autres avancées notamment la rédaction du Plan d’urgence aux risques chimiques, a-t-elle précisé.

«Le Burkina Faso réitère sa demande que l’organisation l’accompagne dans la création d’un Centre de compétence pour l’assistance et la protection», a plaidé Mme Zaba, soulignant que notre pays dispose pour cela, de deux institutions dont les actions complémentaires peuvent autoriser la mise sur pied d’un tel centre. Il s’agit de l’Ecole nationale des sapeurs-pompiers et de l’Institut supérieur d’études et de protection civile qui a une vocation régionale, a justifié l’ambassadeur.

Mme Zaba a aussi appelé les Etats membres de l’OIAC à accroitre, les activités de préparation pour faire face aux incidents et accidents chimiques avec le soutien du secrétariat technique de l’OIAC.

Elle a par ailleurs exhorté les pays qui disposent toujours de stocks d’armes chimiques à les détruire au plus tôt conformément aux engagements qu’ils ont pris devant l’humanité tout entière. A ce jour, seuls les Etats-Unis d’Amérique n’ont pas totalement détruit les stocks d’armes chimiques qu’ils ont officiellement déclarées à l’OIAC. En revanche, des pays comme la Russie, la Syrie ou encore la Libye ont détruit dernièrement leurs stocks d’armes chimiques déclarées.

L’actualité de ces derniers temps, marquée par l’usage d’armes chimiques en Irak, en Syrie, en Malaisie et au Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord où une attaque chimique a visé un ancien espion soviétique travaillant désormais pour son pays d’accueil, inquiète le Burkina Faso qui condamne  l’utilisation des armes chimiques «par qui que ce soit, où que ce soit et dans n’importe quelle circonstance que ce soit».

Chaudes empoignades

La 4è Conférence d’examen en elle-même s’est achevée sans accord. Le consensus qui servait jusque-là de mode de prise des décisions au sein de l’OIAC a volé en éclats. Amenés par les Etats-Unis, la plupart des pays occidentaux ont ferraillé contre  la Fédération de Russie, l’Iran, le Venezuela, l’Etat de Palestine ou la Syrie. La Conférence qui devait adopter in fine son rapport n’a pu le faire, et, les participants se sont contentés du rapport du président de la Conférence – lequel d’ailleurs n’engage que lui, selon le règlement intérieur de la Conférence des Etats parties- , l’ambassadeur Agustin Vasquez Gomez de Salvador.

Les dissensions entre ce qu’on pourrait appeler les Etats-Unis et leurs soutiens et la Russie et ses alliés portaient notamment sur des mentions liées à l’utilisation d’armes chimiques en Syrie que les Etats-Unis attribuent au gouvernement syrien. Une position que contestent vigoureusement la Syrie et son allié russe. Les deux camps ne se sont pas non plus entendus sur la référence, dans le projet de rapport, à une décision prise en juin 2018, accordant désormais à l’OIAC les pouvoirs d’identification des auteurs, des commanditaires et des complices présumés d’utilisation d’armes chimiques.

Les Etats-Unis se sont également farouchement opposés à ce que la mention «bienvenue» aux nouveaux Etats membres figure dans le texte. Washington, par le billet de son ambassadeur-représentant permanent auprès de l’OIAC, ne reconnaît pas en effet, la Palestine comme Etat, un pays qui a adhéré à l’institution onusienne sous l’appellation «Etat de Palestine».

Les Etats-Unis s’opposent en outre à une proposition russe visant à créer un groupe de travail à composition non limitée pour veiller à l’application de l’Article XI de la CIAC relatif au développement économique et technologique en rapport avec les armes chimiques. Si la position russe avait triomphé, la nouvelle décision prise en juin sur l’identification des auteurs de l’utilisation d’armes chimiques aurait été vidée de son contenu.

Le budget de l’OIAC laborieusement adopté

Au cours de cette 4è conférence d’examen, les représentants de l’industrie chimique et de la communauté scientifique, de l’Union internationale de chimie pure et appliquée ainsi que le Conseil international des associations chimiques et le président du Comité consultatif sur l’éducation et la sensibilisation sur les armes chimiques sont venus chacun plaider pour l’utilisation de la chimie à des fins pacifiques et pour le développement économique et technologique.

La 23è Conférence des Etats parties qui a précédé cette 4è Conférence d’examen tenue, elle, les 19 et 20 novembre a failli elle-aussi capoter du fait de divergences entre les mêmes acteurs russes d’un côté et américains de l’autre.

Mais après moult tractations, l’ambassadeur de la Corée du sud, S.E. M. Yun Young Lee qui a présidé cette rencontre est parvenu à arracher le consensus pour l’adoption du rapport final de la Conférence.

Il a fallu de peu pour que l’OIAC rate son budget 2019. Les Russes, en effet ont fait barrage jusqu’à la clôture le 20 novembre, contre l’augmentation budgétaire prévue pour mettre en œuvre la décision controversée de juin 2018 qui autorise désormais l’organisation à identifier les personnes ou les Etats responsables de l’usage d’armes chimiques ainsi que leurs complices. Dans un amendement co-présenté avec l’Iran, la Russie estimait qu’il fallait maintenir le principe de «croissance nominale nulle» des budgets des organisations onusiennes. En effet, la prévision budgétaire de l’OIAC pour 2019 prévoit une croissance de 2,3% due justement à la mise en œuvre de la fameuse décision contestée par les Russes et leurs alliés. Ces derniers se sont par ailleurs farouchement opposés à ce que l’excédent budgétaire dégagé par l’OAIC en 2016 soit utilisé par l’organisation arguant que le règlement prévoit que tout excédent soit redistribué aux Etats parties au prorata de leurs contributions.

La persistance des divergences a nécessité le vote du budget en lieu et place du consensus, règle généralement usité pour les prises de décision à l’OIAC. Le budget-programme de l’OIAC a été finalement adopté par 85 voix contre 29 et 31 abstentions parmi lesquelles le Burkina Faso. Le rapport lui, a été adopté finalement le 29 novembre soit neuf jours après la clôture officielle de la 23è session de la Conférence des Etats parties.

Ces deux conférences, de l’avis de nombreux participants constitués de ministres, d’ambassadeurs ou des Autorités nationales chargées de la mise en œuvre de la CIAC ont mis en exergue les divisions apparues ces cinq dernières années au sein de l’OIAC. En effet, depuis le début de la crise syrienne dans la foulée des printemps arabe, l’OIAC peine à maintenir son équilibre et surtout le consensus comme mode de prise de ses décisions.  Ce consensus a fait place à des dissensions très énormes. L’OIAC est devenue un «enjeu géopolitique pour certains pays qui veulent l’utiliser pour imposer leur vision du monde», a persiflé un haut diplomate lors des plénières.

Le Burkina Faso a tiré la sonnette d’alarme en demandant aux Etats membres de faire l’effort nécessaire afin que «l’esprit de consensus et de dialogue permanent qui (…) a toujours caractérisé (l’OIAC) aussi bien dans ses démarches que dans ses modes de prises de décisions» soient préservées, car c’est entre autre pour cela que l’organisation a reçu le prix Nobel de la paix en 2013.

«Le Burkina Faso croit aux vertus du dialogue et du respect mutuel entre les Etats et souhaite que les clivages apparus ces derniers temps au sein de notre famille ne compromette pas les bonnes perspectives que nous dressons à travers cette conférence pour notre organisation», avait plaidé l’ambassadeur-représentant permanent du Burkina Faso auprès de l’OIAC. Cette position de sagesse n’habitait pas tout le monde à ces deux conférences. Mais le grand danger que court le monde en cas de fracture au sein de cette organisation devrait inciter les uns et les autres à reconsidérer leurs positions.

Outre l’ambassadeur Zaba, l’Autorité nationale chargée de la mise en œuvre de la Convention sur l’interdiction des armes chimiques, le professeur Touridomon Issa Somé ont participé à ces deux conférences.

 

Romaric Ollo HIEN

Ambassade du Burkina Faso à Bruxelles

Mission permanente auprès de l’OIAC

 

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